Sorte de grève de la faim, l'anorexie touche principalement les filles. Motivée par l'obsession d'être toujours plus mince et de ressembler aux filles des magazines, cette maladie nécessite une prise en charge.
Francis Pradeau Médecin des hôpitaux explique:
"L'anorexie fait partie des troubles du comportement alimentaire, qui touchent 20% des "ados". Elle débute presque toujours à l'adolescence, et concerne, dans 90% des cas, des filles : près de 0,5% des filles de 15-20 ans sont anorexiques, et la fréquence augmente actuellement dans tous les pays occidentaux. C'est une maladie d'évolution chronique, grave. Seulement 50% des cas connaissent une guérison totale, et 16% se terminent par un décès.
Sorte de grève de la faim, apparemment motivée par l'obsession d'être toujours plus mince, l'anorexie est souvent accompagnée d'une activité physique intense et abusive (pour maigrir encore plus), de vomissements provoqués et parfois de la prise de laxatifs. On peut s'interroger sur l'origine de ce comportement anormal (dit pathologique), alors même que l'anorexique souffre dans son corps martyrisé (arrêt des règles, troubles de la circulation veineuse, sensation de froid, perte des cheveux, décalcification des os, caries et chute des dents, perte de concentration et de mémoire, insomnies...).
L'adolescence y est pour beaucoup, avec la déstabilisation qu'elle entraîne du fait des problèmes psychologiques, sexuels, familiaux et sociaux liés à cette période de mutation d'un "ado" qui doit subir et réussir une véritable métamorphose. Une fragilité psychologique héritée de l'enfance, un contexte familial perturbé peuvent être des éléments favorisants, ainsi que des facteurs culturels, comme l'impact d'images imposant les critères d'une mode souvent aberrante et tyrannique.
L'anorexie est donc une maladie mentale, traduisant de profonds et difficiles conflits au sein d'une personnalité pathologique (les spécialistes parlent de conflits pulsionnels). Elle nécessite d'être traitée le plus précocement possible par des spécialistes, au premier rang desquels les psychiatres ayant l'habitude de ces prises en charge.
N'oublions pas que 16% des anorexiques meurent, à l'issue d'une longue souffrance physique et psychique..."
Questions posées à Virginie Megglé, psychanalyste et auteur de "Face à l'anorexie":
"Quelles sont les causes et les manifestations de l'anorexie ?
D'une façon abstraite, l'anorexie traduit la difficulté d'un passage d'un état à l'autre. C'est pourquoi on dit souvent qu'elle se manifeste essentiellement à l'adolescence, même si elle peut parfois toucher des nourrissons ou des vieillards.
L'anorexique, le plus souvent une fille, est donc quelqu'un qui se sent mal dans peau quand elle change de peau. Elle a le sentiment de ne pas pouvoir survivre au changement, de ne pas pouvoir se faire accepter par les autres. Elle va donc vouloir changer et mincir pour se rendre plus jolie. Ainsi, les adolescentes qui disent vouloir mincir pour ressembler aux tops modèles filiformes, veulent avant tout mincir car elles ne se sentent pas bien dans leur peau.
L'anorexie va alors se manifester comme une difficulté, voire une impossibilité, à se nourrir. A cela s'ajoute plusieurs rituels comme le tri de la nourriture (en séparant la nourriture autorisée de celle qui ne l'est pas) ou l'obsession de la balance en tant qu'élément de contrôle du poids repris ou non, mais qui n'a plus rien à voir avec l'apparence physique. Enfin, les anorexiques ont souvent un grand besoin de se dépenser, d'un côté pour perdre la nourriture ingérée et, de l'autre, pour se sentir vivre.
Quels sont les dangers de l'anorexie ?
L'un des premiers dangers est que l'anorexie devienne une vraie maladie chronique, c'est pourquoi il est très important de la traiter à temps. L'autre danger est que s'installent avec l'anorexie des addictions secondaires comme la boulimie ou la dépendance aux médicaments. Enfin, il y a le risque que le malade, trop faible, s'isole et se coupe de toute activité sociale.
L'anorexique souffre évidemment dans son corps par plusieurs types de carences physiques liées directement à l'anorexie. Les plus nombreuses sont celles des muqueuses : le déchaussement des dents, des problèmes d'ulcères de l'estomac ou de perte des cheveux... L'amaigrissement peut aussi conduire à l'aménorrhée (l'absence de règles). Les anorexiques souffrent aussi souvent d'insomnies.
Dans certains cas graves, l'anorexie peut mettre en danger à la fois la santé mais aussi la vie du malade.
Quelqu'un de mon entourage souffre d'anorexie, que puis-je faire pour l'aider ?
Il faut avant tout accepter que, si la personne souffre, ce n'est pas de sa faute : il ne faut pas lui reprocher sa souffrance. De la même façon, il ne faut pas se focaliser sur la nourriture, voire même ne pas en parler, et surtout éviter les phrases du type "tu n'as qu'à manger".
En tant qu'ami(e), il faut savoir que l'on ne peut pas grand chose. Il ne faut surtout pas jouer le rôle du professeur mais lui faire comprendre qu'elle peut s'en sortir et qu'elle trouvera les personnes qui pourront l'aider même s'il faut de la patience.
En tant que membre de la famille, il faut réussir à supporter les manifestations étranges de l'anorexie et surtout faire en sorte que la personne se sente aimée et comprise, car n'oublions pas que l'anorexie est la maladie de la personne qui ne se sent pas comprise."
Et pour guerir, comment sa se passe?
Que se passe-t-il une fois l'anorexie diagnostiquée ? Combien de temps dure le traitement et dans quelles conditions ? Voici quelques réponses a ces questions:
C'est d'abord un médecin, généraliste, pédiatre ou nutritionniste, qui peut aider l'adolescente anorexique en établissant avec elle une relation de confiance et un contrat de reprise de poids avec pesées de contrôle régulières.
Parallèlement, la jeune fille et ses parents doivent rencontrer un psychiatre afin d'essayer par la parole d'apaiser un peu les angoisses et les tensions qu'entraîne l'anorexie dans la famille.
Toutefois, si l'amaigrissement de l'adolescente est important et rapide, si sa fatigue est intense, si elle a des malaises, on a recours à l'hospitalisation, avec parfois pendant quelques jours ou quelques semaines une interdiction des visites, qu'elles soient familiales ou amicales. Un contrat de poids de sortie est fixé entre l'anorexique et l'équipe soignante : telle jeune fille doit atteindre un poids préétabli pour pouvoir envisager de sortir. Mais durant son hospitalisation, on ne se fixe pas uniquement sur son poids on tente de lui offrir un espace protégé et du temps pour se soigner.
Les soins sont pratiqués autour du corps (régimes diététiques, relaxation, massages...) et autour du psychisme (entretiens individuels, réunions de groupe soignés – soignants, ateliers thérapeutiques). Les activités diversifiées proposées peuvent même inclure la scolarité à l'hôpital.
Cette hospitalisation dure en moyenne de trois à six mois.
Pendant ce temps, les parents doivent être soutenus et participer avec d'autres parents à des groupes de parole.
Il n'est pas souhaitable de donner trop de médicaments (tranquillisants, somnifères, antidépresseurs) car les personnes anorexiques, du fait de leur faiblesse, les supportent assez mal.
Que l'adolescente ait été hospitalisée ou non, il est important qu'elle trouve en elle le désir et la force de poursuivre un travail psychothérapique avec un psychiatre ou un psychologue afin de chercher et de découvrir elle-même les origines de son anorexie.
Voici des témoignages d'ancienne personnes souffrant de cette maladie, de proches, ou de personnes souffrant encore de cette maladie:
-Clarisse, 21 ans. Lille:
"Tout me dégoûtait"
"A 15 ans, je suis passée par là pendant environ deux ans. Des soucis familiaux, scolaires... je me suis sentie en décalage. J'ai perdu le goût de manger, ce fut le cercle infernal. Je ne supportais plus les aliments solides, tout me dégoûtait. Je voulais manger mais mon corps refusait et m'obligeait à vomir. 1, 2, 5, 10 kilos... et hop ! ça n'a plus de fin !
J'ai fini par rencontrer en urgence un médecin qui m'a donné des médicaments qui me dégoûtaient encore plus ! Un jour, je rencontre un garçon qui me trouve belle, ne voit pas ma maladie (oui, oui, s'en est bien une !) et je reprends goût à la vie et donc à la nourriture. Car pour vivre, il ne faut pas se leurrer, il faut MANGER !"
-Alex, 22 ans. Saint-Germain en Laye:
"Je n'était pas intéressant"
"Je suis un garçon de 22 ans et j'ai été anorexique ! Depuis tout jeune j'étais gros et pas intéressant pour ces demoiselles qui voyaient en moi un bon copain ! Pour les garçons, j'étais le gros lard dont il fallait se moquer ! Alors à 18 ans, je me suis pris en main : sport à outrance, salade verte, crises du boulimies. J'ai perdu 15 kg en un mois et demi jusqu'au jour où j'ai fait un malaise et qu'une fille me dise qu'elle ne pourrait pas sortir avec moi car j'étais devenu maigre, hyperactif, impuslif, gestionnaire de ma vie et de celles des autres, insatisfait de tout, bref, dé-tes-ta-ble !
Je me suis remis à manger, à faire de la musculation, à prendre soin de moi dans la mesure du possible et désormais je plais aux autres et surtout à moi !"
-Anonyme, 17 ans. Montpellier:
"Une obsession"
"Je me suis toujours trouvée trop grosse. Ça a commencé à m'obséder quand j'ai découvert à quoi servait une balance (vers mes 10 ans). Je suis devenue complètement obsédée à ce que mon poids soit exactement identique d'un jour a l'autre. Au début, c'était un jeu puis c'est devenu une obsession. Je me pesais presque trois fois par jour (à chaque fois que je venais de manger).
Puis, je me suis fixé un objectif : perdre 5 , puis 10, puis 15 kilos. J'en ai perdu 8 (je me faisais vomir et je prenais des laxatifs presque tous les jours).
Aujourd'hui, tout va beaucoup mieux : je commence à reprendre quelques formes et je me plais."
-Lory, 48 ans. Allones:
"C'est un refus de son corps"
"Ma fille de 21 ans est anorexique depuis l'âge de 12 ans. Si aujourd'hui elle est encore en vie c'est pour deux raisons : la première c'est qu'elle est sportive de haut niveau et le peu qu'elle mange c'est pour continuer son sport ; et la deuxième c'est qu'elle a rencontré un garçon qui l'aime depuis des années et qui la soutient.
Sa maladie s'est declenchée suite à une agression sexuelle de la part de son instituteur en cm1. J'espère de tout coeur qu'elle va réussir à se sortir de cette maladie. Mais j'ai des doutes car son anorexie est totale, c'est à dire un refus de son corps de femme, de se voir nue, un refus de grandir. C'est pire que d'être maigre à tout prix, c'est un rejet du monde adulte."
-Stéphanie, 19 ans. Nangis:
"C'est un engrenage"
"Je suis tombée dans l'anorexie à l'âge de 15 ans ! Je suis alors descendue à 34 kg pour 1m68 ! Depuis, j'essaye de surmonter cette épreuve. Mais malgré tout, avec quelques moments difficiles. Aujourd'hui, je pèse 46 kg !
J'aimerais dire à toutes les miss qui veulent commencer un régime ou qui se trouvent un peu ronde : faites bien attention car une fois que vous êtes pris dans l'engrenage, c'est très difficile d'en sortir !
Cela fait bientôt 4 ans que je vis avec cette maladie et je vous assure qu'elle m'a gâché une partie de ma jeunesse."
-Sandra, 29 ans. Vernon:
"Il faut s'accrocher à la vie"
"J'ai été anorexique durant les années de mon adolescence. J'étais mal dans ma peau, je me trouvais trop grosse alors que je ne pesais que 48 kg pour 1m68. J'avais l'impression que personne ne me comprenait.
Je mangeais vraiment très peu et dès que je trouvais que j'avais trop mangé, je faisais du sport jusqu'à épuisement. Et c'est d'ailleurs ce qui m'a sauvé, le foot (que je pratiquais à très forte dose), le cyclisme, le footing, la natation, la musculation.
Je pense qu'il faut s'accrocher à la vie parce qu'elle vaut le coup d'être vécue. Il faut que vous trouviez une passion, un hobbie qui vous sortira de ce merdier parce qu'il n'y a pas d'autre mot. Bon courage à tous !"
-Anaëlle, 22 ans. Tours:
"On entre dans un cercle vicieux"
"J'ai commencé à souffrir de boulimie à l'âge de 18 ans à la suite de deux chocs émotionnels. L'envie de perdre du poids à "pesé" lourd et les relations très tendues avec ma mère également. Après cette période de boulimie vomisseuse, j'ai fait de l'anorexie. Les périodes de jeûn représentaient pour moi un contrôle de mon corps, un réel pouvoir. Je ne me sentais plus du tout sale ni inutile. J'étais enfin forte et fière d'afficher ma maigreur. On entre dans un cercle vicieux : ne rien manger, se peser, s'affamer, se dévaloriser et s'isoler des autres.
J'ai échappé à l'hospitalisation. Je pense avoir enfin réussi à m'en sortir. Mais ça ne tient qu'à un fil. Ça met du temps et on garde toujours des séquelles."
-Mathilde, 18 ans. Toulouse:
"J'étais trop grosse"
"A la base, je faisais un regime parce que mon médecin m'avait appris ce que j'ignorais jusque là : j'étais grosse. 84 kg pour 1m74, soit 20 kg de trop. Sur le coup je n'ai pas réalisé, je plaisantais de son verdict. Arrivée chez moi, j'ai mesuré la portée de ses conseils : je n'ai pu me voir de la même manière, avec la même insouciance qu'autrefois. Finie l'enfance, bonjour le cauchemar.
Lorsque j'ai commencé à comprendre que sans manger on mincissait vite, j'ai plongé. De 84, j'ai passé le cap des 64 kg, puis moins. Cette periode était comme un rêve ! Comme si notre corps, moins lourd, moins terrestre en quelque sorte, n'existait plus vraiment. Ça a été le calvaire mais aujourd'hui je suis presque sortie du tunnel."
-Angélique, 23 ans. Châlon sur Saone:
"Je fais la guerre aux sites pro ana"
"J'ai été anorexique, il y a maintenant quatre ans. Pour m'en sortir, j'ai dû être hospitalisée car je ne pesais que 38 kilos.
A ma sortie de l'hopital, je n'étais pas complétement guérie, mais j'ai rencontré l'amour et cela a servi à me délivrer de cette maladie de merde.
Mon anorexie est survenue suite au décès de ma mère. Maintenant, je me bats pour celles qui connaissent cette maladie et je fais une guerre contre les sites pro ana."
-Stéphanie, 18 ans. Toulon:
"Aidez vos proches à s'en sortir"
"Cela fait un an que je suis tombée dans l'anorexie. J'essaye de m'en sortir petit à petit en suivant un psychologue et un médecin généraliste.
J'espère faire passer un message à toutes les filles et les garcons (car eux aussi peuvent être touchés) et les proches, les amis : ne laissez pas une personne se faire du mal comme ça, c'est une maladie horrible, qui n'apporte rien de bon. Aidez vos proches à s'en sortir, ne les laissez pas tomber, il faut vaincre ce démon.
Aujourd'hui, j'essaye de remonter la pente mais ce n'est pas facile croyez moi. C'est pourquoi, plus vite c'est pris en charge, mieux c'est."
C'est jamais facile de s'accepter tel que l'on est, et l'image que l'on se fait de soi-même peut vite devenir une obsession, pblm familiaux, mal dans sa peau, le regard des autres, des tas de raison peuvent entrainer l'anorexie, c'est facile d'y tomber mais dur d'en sortir il ne faut jamais hesiter à en parler, il y a toujours une solution.